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ESMO 2026 : ce qu’il faut retenir en cancérologie digestive

Le congrès de l’European Society for Medical Oncology (ESMO 2026) s’est tenu à Madrid du 23 au 27 octobre 2026. Voici une sélection des résultats en cancérologie digestive qui intéressent les chirurgiens, avec les réactions de plusieurs oncologues relayées sur les réseaux sociaux.

En bref

  • Rectum dMMR : le dostarlimab seul (AZUR-1) permet une réponse clinique complète prolongée chez une majorité de patients, avec une autorisation accélérée de la FDA le 19 octobre 2026.
  • Œsophage : à 5 ans, la surveillance active après réponse clinique complète (SANO) donne une survie proche de la chirurgie, au prix de plus de métastases à distance.
  • Métastases hépatiques : l’acide eicosapentaénoïque (EPA) débuté avant l’hépatectomie améliore la survie globale (EMT2), sans gain sur la survie sans progression.
  • Adjuvant : pas de bénéfice à intensifier la chimiothérapie dans le côlon stade III (IROCAS), et 4 mois de XELOX suffisent après gastrectomie (LOMAC).
  • Maladie avancée : progrès majeurs avec les anti-claudine 18.2 conjugués, le zanidatamab dans l’estomac HER2+ et le daraxonrasib dans le pancréas.

Récapitulatif

EssaiSituationTraitement étudié (vs comparateur)Résultat principal
AZUR-1
Positif
Rectum dMMR/MSI localement avancéDostarlimab seul (9 cycles), sans radiochimiothérapie ni chirurgie programméeRéponse clinique complète à 12 mois : 68 % (investigateurs), 47 % (relecture centrale)
UNION
Positif
Rectum localement avancéRT courte + camrelizumab + CAPOX vs radiochimiothérapie longue + CAPOXSurvie sans événement à 3 ans : 91,3 % vs 77,4 % (HR 0,33)
SANO
Mitigé
Œsophage en réponse clinique complète après RCTSurveillance active vs œsophagectomie systématiqueSurvie à 5 ans : 50 % vs 54 % (NS) ; 43 % évitent la chirurgie, mais plus de métastases (46 % vs 29 %)
EMT2
Positif
Résection de métastases hépatiques colorectalesEPA 4 g/j débuté avant l’hépatectomie vs placeboSurvie globale améliorée (HR 0,68) ; survie sans progression non améliorée
IROCAS
Négatif
Côlon stade III à haut risque, adjuvantmFOLFIRINOX vs mFOLFOX6Survie sans maladie à 3 ans : 65,6 % vs 66,3 % (HR 1,07)
LOMAC
Positif
Estomac après gastrectomie D2, adjuvantXELOX 4 mois vs 6 moisSurvie sans maladie à 3 ans : 69,2 % vs 70,8 % (non inférieur), deux fois moins de toxicité
MASTERPLAN
Positif
Pancréas à haut risque ou localement avancéChimiothérapie + radiothérapie stéréotaxique vs chimiothérapie seuleRécidive locorégionale à 12 mois : 20 % vs 52 % ; survie médiane 22 vs 14 mois
KEYNOTE-975
Négatif
Œsophage non opérablePembrolizumab + RCT exclusive vs placebo + RCTSurvie sans événement : HR 0,97 ; survie globale : HR 1,00

1. Rectum : la préservation d’organe s’étend

AZUR-1 : dostarlimab seul dans le cancer du rectum dMMR/MSI

Dans cet essai de phase II international à bras unique (LBA87, présenté par Andrea Cercek, New York), 154 patients atteints d’un cancer du rectum localement avancé (stade II-III) dMMR/MSI ont reçu 9 cycles de dostarlimab sans radiochimiothérapie ni chirurgie programmée. Le taux de réponse clinique complète maintenue à 12 mois atteint 68 % selon les investigateurs (144 patients évaluables) et 47 % en relecture centrale (116 patients) ; 98 % des réponses complètes se maintiennent au moins 12 mois. Parmi les 15 patients opérés après dostarlimab seul, 12 avaient une réponse pathologique complète. La FDA a accordé une autorisation accélérée le 19 octobre 2026. Le suivi médian reste de 26 mois.

Rien de moins que révolutionnaire pour la préservation d’organe […] Le test MMR/MSI universel au diagnostic devient une nécessité absolue.

Nabil Ismaili, oncologue, sur LinkedIn (traduit de l’anglais)

Pour le chirurgien : tout cancer du rectum doit avoir un statut MMR/MSI avant la décision thérapeutique, et les équipes doivent organiser l’évaluation de la réponse clinique complète (examen, endoscopie, IRM) et le suivi en surveillance.

UNION : immunothérapie et radiothérapie courte dans le cancer du rectum pMMR

Cet essai de phase III chinois (231 patients) compare une radiothérapie courte (5 × 5 Gy) suivie de camrelizumab et CAPOX à une radiochimiothérapie longue. Les résultats actualisés montrent une survie sans événement à 3 ans de 91,3 % contre 77,4 % (HR 0,33 ; IC 95 % 0,15-0,71). Le camrelizumab n’est pas disponible en Europe ; ces résultats restent à confirmer hors d’Asie.

NEOASIS : immunothérapie néoadjuvante dans le cancer colorectal dMMR

Dans cette petite étude de phase II néerlandaise (18 patients, 67 % de tumeurs cT4), deux doses de botensilimab et balstilimab avant chirurgie donnent 72 % de réponses pathologiques complètes et 83 % de réponses majeures. Ces résultats confirment l’efficacité de l’immunothérapie néoadjuvante dans les tumeurs dMMR, déjà montrée par NICHE-2.

2. Côlon : pas d’intensification en adjuvant

IROCAS (PRODIGE 52) : le mFOLFIRINOX ne fait pas mieux que le FOLFOX

Cet essai académique de phase III franco-canado-italien (LBA29, présenté par Jaafar Bennouna) a randomisé 795 patients opérés d’un cancer du côlon stade III à haut risque (pT4 et/ou N2). La survie sans maladie à 3 ans est de 65,6 % avec le mFOLFIRINOX contre 66,3 % avec le mFOLFOX6 (HR 1,07 ; IC 95 % 0,84-1,36), avec plus de diarrhées et de fatigue de grade 3 ou plus. Le FOLFOX (ou le XELOX) reste le standard ; les auteurs appellent à des stratégies au-delà de la classification TNM, comme l’ADN tumoral circulant ou la chimiothérapie néoadjuvante.

L’intensification de la chimiothérapie adjuvante n’apporte pas de bénéfice en survie sans maladie. Et maintenant ?

Jenny Seligmann, professeure d’oncologie digestive, Université de Leeds, sur LinkedIn (traduit de l’anglais)

CheckMate 8HW : la double immunothérapie confirmée en métastatique MSI

L’analyse finale de survie (LBA32) confirme le bénéfice de nivolumab + ipilimumab en première ligne du cancer colorectal métastatique MSI-H/dMMR : réduction de 63 % du risque de décès par rapport à la chimiothérapie (HR 0,37), malgré 80 % de patients du bras chimiothérapie ayant ensuite reçu une immunothérapie.

3. Métastases hépatiques : EMT2

Cet essai britannique de phase III en double aveugle (LBA30, présenté par Mark Hull, Leeds) a randomisé 418 patients opérés de métastases hépatiques d’origine colorectale entre de l’acide eicosapentaénoïque (EPA, 4 g/jour) débuté avant l’hépatectomie et un placebo, pendant 2 à 4 ans. Le critère principal, la survie sans progression, n’est pas amélioré (13,5 vs 12,9 mois ; HR 0,89). En revanche, la survie globale, critère secondaire prévu et doté de la puissance nécessaire, est meilleure : 62,0 % contre 45,1 % à 5 ans (HR 0,68 ; IC 95 % 0,48-0,96). Le traitement est bien toléré, sans excès de saignement. Un résultat surprenant, peu coûteux, qui demande confirmation.

4. Œsophage et estomac

SANO : surveillance active ou œsophagectomie systématique, les résultats à 5 ans

Cet essai néerlandais (LBA78) a inclus 309 patients en réponse clinique complète après radiochimiothérapie néoadjuvante (protocole CROSS) : 198 en surveillance active avec chirurgie de rattrapage si nécessaire, 111 en chirurgie standard. Avec un suivi médian de 76 mois, la survie globale à 5 ans est de 50 % contre 54 % (HR 1,17 ; IC 95 % 0,77-1,77, non significatif). Mais les métastases à distance sont plus fréquentes en surveillance (46 % contre 29 % à 5 ans, p < 0,01). Au total, 43 % des patients surveillés n’ont jamais eu d’œsophagectomie.

Pour le chirurgien : la surveillance active devient une option à discuter avec les patients en réponse clinique complète, à condition d’un suivi endoscopique et scanographique rigoureux, mais le surcroît de métastases appelle à une sélection prudente.

LOMAC : 4 mois de chimiothérapie adjuvante après gastrectomie

Cet essai chinois de non-infériorité (LBA81, 1 023 patients opérés par gastrectomie D2 d’un cancer gastrique stade II-IIIB) montre que 4 mois de XELOX ne sont pas inférieurs à 6 mois : survie sans maladie à 3 ans de 69,2 % contre 70,8 % (HR 1,01), avec deux fois moins d’effets indésirables de grade 3 ou plus (8,4 % contre 15,0 %) et beaucoup moins de neuropathies. Ce schéma adjuvant est surtout utilisé en Asie ; en Europe, le standard reste la chimiothérapie péri-opératoire.

KEYNOTE-975 : pas de pembrolizumab avec la radiochimiothérapie exclusive

Chez 703 patients atteints d’un cancer de l’œsophage non opérable traités par radiochimiothérapie exclusive, l’ajout du pembrolizumab n’améliore ni la survie sans événement (HR 0,97) ni la survie globale (HR 1,00) chez les patients PD-L1 CPS ≥ 10.

Maladie avancée : les anticorps conjugués anti-claudine 18.2 et anti-HER2

  • CLARITY-Gastric01 (sonesitatug vedotin, LBA7, symposium présidentiel) : survie globale de 10,0 contre 5,0 mois en troisième ligne ou plus (HR 0,47) chez les patients claudine 18.2 positifs.
  • G-HOPE-001 (arcotatug tavatecan, LBA77) : survie globale de 10,2 contre 6,9 mois (HR 0,57) et taux de réponse de 37,4 % contre 7,7 %.
  • HERIZON-GEA-01 (zanidatamab, LBA79) : en première ligne HER2+, survie globale de 22,9 mois avec zanidatamab + chimiothérapie contre 19,6 mois avec trastuzumab (HR 0,76), et 27,0 mois avec l’ajout du tislelizumab.
  • KC-WISE (anbénitamab, LBA80) : après trastuzumab, survie globale de 19,6 contre 9,6 mois (HR 0,39).

Ces progrès en situation avancée annoncent des essais péri-opératoires et justifient de déterminer le statut HER2 et claudine 18.2 dès la biopsie initiale.

5. Pancréas

MASTERPLAN : radiothérapie stéréotaxique et chimiothérapie

Cet essai australien de phase II (74 patients à haut risque, potentiellement opérables ou localement avancés) ajoute une radiothérapie stéréotaxique (40 Gy en 5 fractions) à la chimiothérapie d’induction. La récidive locorégionale à 12 mois baisse de 52 % à 20 %, et la survie médiane passe de 14 à 22 mois. Le taux de résection n’est pas significativement différent (68 % contre 59 %). Des essais plus larges sont nécessaires.

RASolute 302 : le premier inhibiteur pan-RAS

En deuxième ligne du cancer du pancréas métastatique, le daraxonrasib, inhibiteur oral de RAS, double la survie globale par rapport à la chimiothérapie (13,2 contre 6,7 mois ; HR 0,40), quel que soit le type de mutation RAS. Il a été approuvé par la FDA en août 2026. Ces molécules seront rapidement testées en situation néoadjuvante.

Ce qu’il faut retenir pour le chirurgien digestif

  • Statut MMR/MSI systématique pour tout cancer colorectal, en particulier du rectum : il conditionne une stratégie de préservation d’organe.
  • Surveillance active après réponse clinique complète : désormais une option dans le rectum dMMR et à discuter dans l’œsophage, avec un suivi rigoureux.
  • Pas d’intensification de la chimiothérapie adjuvante dans le côlon stade III ; désescalade possible à 4 mois après gastrectomie.
  • EPA en péri-opératoire des métastases hépatiques : un signal de survie à confirmer.
  • Les biomarqueurs (HER2, claudine 18.2, RAS) prennent une place croissante dès le diagnostic.

Sélection réalisée par la SFCD à partir des communications du congrès ESMO 2026 et des comptes rendus publiés. Les résultats de congrès sont préliminaires tant qu’ils ne sont pas publiés.

Sources : ESMO ; Targeted Oncology ; OncoDaily ; KOL Pulse.