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Retour ESCP 2026 : la maladie de Crohn

Au 21e congrès de l’ESCP (Prague, 23-25 septembre 2026), stricturoplasties à l’ère des biothérapies, histologie des marges de résection, nouvelles molécules pour les fistules périnéales et cancer du rectum sur MICI : la maladie de Crohn a occupé une large place du programme.

Stricturoplasties : la cohorte multicentrique de l’AFC

Présentée par Solafah Abdalla, la cohorte rétrospective multicentrique de l’Association Française de Chirurgie réunit 134 patients opérés de stricturoplasties à l’ère des biothérapies. Il s’agissait de maladies évoluées : 8 ans d’évolution médiane, 45 % de résection antérieure, 92,5 % sous traitement (49 % d’anti-TNF). Les patients avaient en médiane 2 stricturoplasties, de type Heineke-Mikulicz dans 87 % des cas, associées à une résection dans 68 % des cas. La morbidité chirurgicale était de 34 %, avec 13 % de complications septiques intra-abdominales, 16 % de réinterventions et une durée de séjour de 7 jours.

À 44 mois de suivi médian, la récidive à tout site atteint 49 % (survie sans récidive médiane de 29 mois), mais la récidive sur le site de stricturoplastie n’est que de 9 % (12 patients), le plus souvent contrôlée médicalement. Les stricturoplasties exclusivement de Heineke-Mikulicz sont associées à moins de récidive au site (HR 0,11 [0,03-0,39]). Trois adénocarcinomes du grêle (2 %), dont deux mortels, rappellent l’intérêt de biopsier le site.

Cohorte AFC : morbidité 34 %, sepsis 13 %, réintervention 16 %, récidive 49 %, récidive au site 9 %, cancer 2 %.
Figure 1 – Stricturoplasties dans le Crohn : principaux résultats de la cohorte AFC.

Marges de résection : l’histologie compte plus que la macroscopie

Lors de la session « IBD 2 : Beyond 2026 », André D’Hoore (Louvain) a fait le point sur la valeur pronostique de la marge après résection iléo-cæcale. Une marge histologiquement positive concerne près d’un patient sur quatre (121/437 dans la série Louvain-Amsterdam). Dans la cohorte prospective REMIND (211 patients), des lésions transmurales à la marge iléale sont associées à une récidive endoscopique de 75 % contre 46 % (p = 0,005), alors que l’atteinte macroscopique de la marge ne l’est pas. Une méta-analyse de 18 études (1 833 patients) confirme le surrisque (OR 1,66 pour la récidive globale). La plexite myentérique à la marge proximale est le marqueur le plus fort : 75 % de récidive endoscopique à 3 mois et 93 % à 1 an.

Histogramme : récidive endoscopique 41 % vs 75 % à 3 mois et 59 % vs 93 % à 1 an selon la plexite myentérique.
Figure 2 – Récidive endoscopique après résection iléo-cæcale selon la plexite myentérique à la marge proximale.

Message pratique : une marge positive ou une plexite myentérique devrait être ajoutée aux facteurs de risque classiques (tabac, résection antérieure, phénotype pénétrant) dans la discussion en RCP du traitement préventif post-opératoire.

Crohn périnéal : deux essais positifs

Dans la même session, David Laharie a passé en revue les nouvelles molécules. Dans l’essai du GETAID (Wils et al., Gut 2026, sous presse), l’ustékinumab obtient une rémission combinée clinique et IRM à la semaine 12 chez 62,5 % des patients contre 25 % sous placebo (10/16 vs 4/16 ; OR 5,1). L’essai FUZION (guselkumab, présenté à la DDW 2026) atteint son critère principal à la semaine 24 : 28,3 % (100 mg) et 27 % (200 mg) de rémission combinée contre 10,3 % sous placebo. Côté chirurgie, la cohorte PUCCINI ne montre pas plus d’infections post-opératoires après anti-TNF dans les 12 semaines précédant l’intervention (18,1 % vs 20,2 %).

Histogramme : ustékinumab 62,5 % vs placebo 25 % ; guselkumab 28,3 % vs placebo 10,3 %.
Figure 3 – Rémission combinée des fistules périnéales dans les essais GETAID (ustékinumab) et FUZION (guselkumab). Critères et durées différents : les deux essais ne sont pas comparables entre eux.

Cancer du rectum sur MICI : le « watch & wait » reste possible

Au Memorial Sloan Kettering (Georgios Karagkounis), 62 patients porteurs d’un adénocarcinome du rectum localement avancé sur MICI (36 Crohn, 26 RCH ; 30 ans d’évolution médiane, 61 % de maladie active au diagnostic) ont reçu un traitement néoadjuvant entre 2010 et 2025. Le TNT (68 % des patients) a été toléré au prix de 29 % de toxicité de grade ≥ 3, 10 % d’hospitalisations et de rares poussées. Comparés à 71 patients non-MICI de la cohorte OPRA, ils sont moins souvent entrés en « watch & wait » (32 % vs 70 %, p < 0,001), mais la repousse était comparable (25 % vs 42 %, p = 0,16) et 24 % ont conservé leur rectum. La survie sans récidive était comparable à celle des patients non-MICI ; les cancers sur RCH avaient un pronostic plus sombre (analyse exploratoire). Sur le plan moléculaire, ces tumeurs ressemblent aux cancers sur colite (TP53 muté dans 88 %, APC dans 25 % seulement).

Histogramme : watch and wait 32 vs 70 %, repousse 25 vs 42 %, pCR 14 vs 5 %.
Figure 4 – Cancer du rectum sur MICI vs hors MICI après traitement néoadjuvant (MSKCC).

À retenir

  • Stricturoplasties (AFC) : récidive au site de 9 % seulement, meilleure avec les Heineke-Mikulicz ; biopsier le site.
  • Une plexite myentérique ou des lésions transmurales à la marge sont des arguments pour un traitement préventif post-opératoire.
  • La MICI seule ne doit pas exclure un « watch & wait » chez des patients sélectionnés.

Données présentées oralement au 21e congrès de l’ESCP (Prague, 23-25 septembre 2026), relevées sur les diapositives des orateurs. Ces résultats sont préliminaires tant qu’ils ne sont pas publiés. Programme : ESCP 2026.

Sources : S. Abdalla et al. (AFC), A. D’Hoore, D. Laharie, G. Karagkounis (MSKCC) – ESCP 2026, Prague. Hammoudi et al. (REMIND) ; Ryan et al., Dis Colon Rectum 2021 ; Wils et al., Gut 2026 ; Peyrin-Biroulet et al., DDW 2026 ; Cohen et al., Gastroenterology 2022 (PUCCINI).