À retenir
| – La chimiothérapie adjuvante intensifiée par mFOLFIRINOX n’a pas amélioré la survie sans maladie dans le cancer du côlon de stade III à haut risque (article 1, essai PRODIGE). – Dans le cancer de l’œsophage en réponse clinique complète, la surveillance active n’a pas montré de différence significative de survie à 5 ans, avec davantage de métastases à distance (article 2). – Trois travaux de chirurgie colorectale, pariétale et d’urgence nuancent les pratiques : colectomie subtotale non inférieure (article 4), neurectomie prophylactique associée à moins de douleur chronique mais à plus de troubles sensitifs (article 5), chirurgie de l’occlusion sur brides associée à moins de récidives mais à plus de complications (article 6). |
Sélection de la semaine
COLORECTAL / ONCOLOGIE (PRODIGE)
1. A randomised phase III trial of adjuvant treatment intensification with mFOLFIRINOX versus mFOLFOX6 in high-risk stage III colon cancer: Results of the international IROCAS study.
Bennouna et al. — Ann Oncol, 2026. PMID 42927853
Type d’étude : Essai randomisé de phase III, ouvert, académique (PRODIGE, CCTG, GONO) — 795 patients (398 mFOLFIRINOX, 397 mFOLFOX6)
Question : Intensifier la chimiothérapie adjuvante par mFOLFIRINOX améliore-t-il la survie sans maladie des cancers du côlon de stade III à haut risque (pT4 et/ou pN2) ?
Résultat principal : Survie sans maladie à 3 ans de 65,6 % contre 66,3 % (HR 1,07 ; IC 95 % 0,84-1,36 ; p = 0,61), pour un suivi médian de 55 mois. Survie globale à 3 ans de 91,2 % contre 86,7 %, données immatures (HR 0,85 ; IC 95 % 0,61-1,21). Diarrhée de grade ≥ 3 : 15,6 % contre 3,8 %.
Limite principale : Essai ouvert ; données de survie globale encore immatures ; analyse fondée sur le résumé.
En pratique : Ces données ne soutiendraient pas l’intensification empirique de la chimiothérapie adjuvante dans cette population.
ŒSOGASTRIQUE
2. Active surveillance versus standard surgery after neoadjuvant chemoradiotherapy for oesophageal cancer: long-term results of a cluster-randomised controlled trial (SANO).
Gangaram Panday et al. — Ann Oncol, 2026. PMID 42918421
Type d’étude : Essai multicentrique randomisé en grappes (stepped-wedge), de non-infériorité, résultats à 5 ans — 309 patients (198 surveillance active, 111 chirurgie standard)
Question : Chez les patients en réponse clinique complète après radiochimiothérapie néoadjuvante pour cancer de l’œsophage, la surveillance active préserve-t-elle la survie à 5 ans par rapport à l’œsophagectomie ?
Résultat principal : Survie globale à 5 ans de 50 % (IC 95 % 43-57) contre 54 % (46-64), HR 1,17 (0,77-1,77), sans différence significative. Métastases à distance à 5 ans : 46 % contre 29 % (p < 0,01). Au total, 85 patients sur 198 (43 %) ont évité l’œsophagectomie.
Limite principale : Plan en grappes non strictement randomisé au niveau individuel (groupes de taille inégale) ; l’absence de différence significative n’établit pas l’équivalence.
En pratique : Ces résultats pourraient justifier la surveillance active chez des patients sélectionnés et informés du sur-risque de métastases à distance.
COLORECTAL / ONCOLOGIE
3. Neoadjuvant short-course radiotherapy followed by camrelizumab and chemotherapy versus standard of care for locally advanced rectal cancer (UNION): a prespecified interim analysis of a multicentre, open-label, randomised, phase 3 trial.
Tao et al. — Lancet Oncol, 2026. PMID 42927765
Type d’étude : Essai randomisé de phase 3, ouvert, 9 hôpitaux chinois, analyse intermédiaire prévue au protocole — 231 patients (113 expérimental, 118 standard)
Question : Une radiothérapie courte suivie de camrelizumab et CAPOX améliore-t-elle la survie sans événement par rapport à la radiochimiothérapie longue suivie de CAPOX dans le cancer du rectum localement avancé ?
Résultat principal : Survie sans événement à 3 ans (évaluation par l’investigateur, critère secondaire clé) de 91,3 % (IC 95 % 83,9-95,4) contre 77,4 % (67,9-84,4) ; HR stratifié 0,33 (0,15-0,71) ; p = 0,0029. Toxicités de grade 3-4 comparables dans les deux groupes ; un décès lié au traitement dans le groupe expérimental.
Limite principale : Analyse intermédiaire d’un critère secondaire, essai ouvert, centres chinois ; financement et auteurs de l’industrie (Jiangsu Hengrui) déclarés.
En pratique : Ces données suggèrent un intérêt de cette stratégie qui devrait être comparée aux traitements néoadjuvants totaux actuels avant toute transposition.
COLORECTAL
4. Subtotal Colectomy vs Total Colectomy for Slow-Transit Constipation: 1-Year Outcomes of the STOPS Randomized Clinical Trial.
Guo et al. — JAMA Surg, 2026. PMID 42905730
Type d’étude : Essai randomisé multicentrique, ouvert, de non-infériorité, 12 hôpitaux chinois — 252 patients (126 colectomie subtotale avec anastomose caecorectale, 126 colectomie totale avec anastomose iléorectale)
Question : La colectomie subtotale avec anastomose caecorectale est-elle non inférieure à la colectomie totale pour la constipation à transit lent réfractaire ?
Résultat principal : Score de Wexner à 12 mois de 7,01 contre 6,84 (différence ajustée 0,17 ; IC 95 % -0,93 à 1,27), dans la marge de non-infériorité de 1,32. Incontinence précoce à 3 mois : 8,7 % contre 21,4 % (p = 0,01). Morbidité de 10,3 % contre 12,7 %. La satisfaction à 1 an est en faveur de la colectomie totale (p = 0,03).
Limite principale : Suivi de 1 an seulement, essai ouvert ; la récidive de la constipation à plus long terme reste à établir.
En pratique : Ces résultats pourraient faire considérer la colectomie subtotale comme alternative, sous réserve d’un suivi plus long.
PAROI ABDOMINALE
5. Prophylactic neurectomy versus nerve preservation in open inguinal hernia repair for prevention of chronic postoperative inguinal pain (CPIP): a systematic review and meta-analysis.
Liu et al. — Hernia, 2026. PMID 42909669
Type d’étude : Revue systématique et méta-analyse de 17 essais randomisés (3 406 patients au total)
Question : La neurectomie prophylactique réduit-elle la douleur inguinale chronique après cure de hernie inguinale par voie ouverte antérieure, par rapport à la préservation nerveuse ?
Résultat principal : Douleur chronique au suivi le plus long : 166/1 779 (9,3 %) contre 294/1 627 (18,1 %) ; RR 0,37 (IC 95 % 0,25-0,55 ; I² = 69,2 %). Troubles sensitifs plus fréquents après neurectomie ; qualité de vie, récidive et complications non différentes.
Limite principale : Hétérogénéité importante et identification des nerfs mal rapportée dans les groupes contrôles.
En pratique : Ces données ne permettraient pas de recommander une neurectomie systématique, compte tenu des troubles sensitifs associés.
URGENCES DIGESTIVES
6. Surgical Versus Conservative Management for Adhesive Small Bowel Obstruction: A Systematic Review and Meta-Analysis.
Zhou et al. — World J Surg, 2026. PMID 42924569
Type d’étude : Revue systématique et méta-analyse de 45 études (3 essais randomisés, 9 prospectives, 33 rétrospectives) — 205 717 patients
Question : Quels sont les résultats de la prise en charge chirurgicale comparée à la prise en charge conservatrice de l’occlusion sur brides ?
Résultat principal : La chirurgie est associée à une mortalité hospitalière plus élevée (OR 1,87 ; IC 95 % 1,21-2,89), plus de complications (OR 5,33 ; 3,17-8,97) et une durée de séjour plus longue (différence moyenne 4,10 ; 3,44-4,76), mais à moins de récidives à 5 ans (OR 0,41 ; 0,30-0,56). Réintervention à 5 ans non différente (OR 0,73 ; 0,22-2,49).
Limite principale : Données majoritairement rétrospectives, hétérogénéité forte, certitude de preuve faible à très faible ; biais d’indication probable.
En pratique : Ces associations, non causales, pourraient simplement refléter la sélection des patients opérés et ne devraient pas modifier à elles seules les indications.
URGENCES DIGESTIVES / PÉRI-OPÉRATOIRE
7. Nasogastric Tubes-Indications, Placement, and Management: A Review.
Alverdy et al. — JAMA Surg, 2026. PMID 42555005
Type d’étude : Revue narrative — sans effectif ni méta-analyse ; niveau de preuve faible
Question : Quelles sont les indications, les modalités de pose et les complications des sondes nasogastriques en chirurgie digestive ?
Résultat principal : Le résumé ne rapporte aucun chiffre. Les auteurs rappellent la place de la décompression dans l’occlusion sans souffrance intestinale ni péritonite, et indiquent que les données disponibles guident la prise en charge de l’occlusion de l’intestin grêle. Il existe des preuves croissantes que l’usage systématique après chirurgie digestive élective peut être réduit.
Limite principale : Revue narrative : méthode de sélection des données non précisée dans le résumé ; indications décrites comme variables et souvent subjectives.
En pratique : Cette synthèse pourrait servir de base à une réévaluation des protocoles locaux de sonde nasogastrique.
